IDENTITE ET EDUCATION
Le groupe de réflexion « Agora » au CELAF regroupe environ vingt (20) membres. Il se réunit une fois par mois sous l’égide du Fr. Pierre Ouattara. Il se pose des questions sur l’éducation en Afrique.
L’identité est l’expression de ce qu’on est, ce qui fait que je ne suis pas l’autre et que l’autre n’est pas moi. C’est ce qui fait mon unité. Mais pourquoi sommes-nous amenés à réfléchir sur l’identité ? Nous voyons des individus qui consomment, qui copient, qui imitent sans trop de réflexion. On voit des jeunes garçons porter des boucles d’oreilles, pantalons jeans aux fesses. Des jeunes filles presque déshabillées avec des manières de faire qui appellent à la séduction. Tout cela pour dire qu’ils existent et qu’il faudrait porter un regard sur eux. Si l’éducation a pour but de nous procurer une identité, ne faut-il pas revoir la manière dont nous éduquons, la manière dont nous agissons sur les hommes pour les rendre plus hommes ? Réfléchir sur l’identité en Afrique aujourd’hui revient à réfléchir sur ce qui donne sens à notre existence, ce qui nous donne d’être et ce qui fait que nous sommes tels et pas autrement. C’est se demander qui sommes-nous ? L’homme africain est en recherche d’identité parce qu’il est être inachevé ; toutes ces formes d’existence ou ces apparences d’existence ne le satisfont pas, c’est pourquoi il est en recherche d’identité.
Où peut-il donc la trouver ? Et comment ? L’éducation comme moyen d’émancipation, d’humanisation de l’homme ne peut- elle pas être une source ou un moyen de construction de notre identité en tant qu’Africain ? si oui comment faut-il donc procéder ? La construction d’une identité va de pair avec une éducation dans une société stable. Comment construire une société stable si les individus eux-mêmes sont instables ? Ne faut-il donc pas résoudre la question de l’instabilité des individus qui est gage d’une société stable ? Comment être heureux si l’on n’est pas satisfait de ce qu’on est ?Nous partirons de l’analyse de nos sociétés africaines pour enfin montrer que l’éducation est en lien avec la construction d’une identité. Mais construire une identité ne va pas de soi, ce qui cependant malheureusement fait défaut aujourd’hui
dans nos sociétés africaines.
Les hommes ne sont pas satisfaits de ce qu’ils sont. La société est en crise et les hommes aussi parce que tributaires d’une société en crise. La société est en crise parce que les rôles sociaux jadis fixés se diluent, se fluidifient, se détériorent, s’effritent. On les voit, ces jeunes garçons entrain de s’ «évaluer » dans la capacité de prise d’alcool ; on les trouve dans les maquis entrain de se défouler sous une musique qui peut faire arrêter les battements cardiaques. Notre vie moderne est sous l’emprise du bruit. Les structures de nos populations sont fragiles. L’individu est livré à lui-même, trouver le sens de sa vie semble relever de la gageure. Où peut-il trouver le sens de son existence ? Le sens de l’obligation est perdu, le manque de responsabilité dans la gestion des activités crée des maux de tous ordres. Les faits sociaux, pour l’illustrer, ne manquent pas : tricherie, corruption, guerre, épidémie, mauvaise gouvernance, injustice et que sais-je encore ? D’où vient que les individus agissent ainsi ?
En effet de nouvelles rencontres, de nouveaux chocs, de nouvelles expériences et de nouveaux projets de vie peuvent conduire à de véritables crises identitaires. L’individu se trouve comme perdu, il se cherche, il se trompe, il commet des fautes à la limite il devient aliéné parce que voulant coûte que coûte être comme l’autre. La présence de l’autre, de quelque chose de nouveau pose toujours question. Les faits de nos sociétés africaines en disent long. Si l’éducation est le moyen d’ennoblir l’espèce humaine, comment alors comprendre l’éducation au niveau de nos sociétés africaines ? Pour Emile Durkheim « l’éducation est l’action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale ». Faut-il donc comprendre que les générations adultes n'ont pas su donner le meilleur d’elles-mêmes aux jeunes générations pour qu’on en arrive à tous ces maux ou le problème se situe-t-il à un autre niveau ? Il ajoute que l’éducation vise à « susciter et à développer chez l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné ». Il apparaît donc clairement que l’individu est fait pour la société ; c’est un processus de socialisation et d’humanisation qui est amorcé dans l’éducation. En toute hypothèse, nous voyons que cette action comporte une socialisation morale, une socialisation technique, une socialisation intellectuelle. Dans la famille par exemple, l’enfant apprend les rôles et statuts masculins ou féminins ; il apprend aussi les types de sentiments à développer : respect pour les plus âgés, attendrissement protecteur pour les plus jeunes.
Au-delà des relations internes au groupe, il apprend à vivre selon un premier ensemble de valeurs. Auprès de ses parents, il acquiert en outre un certain nombre de savoir-faire techniques. Enfin, dès les premières années, il structure ses démarches cognitives en fonction du langage qui lui est inculqué, du découpage des objets qui lui sont proposés par l’entourage immédiat et des liens entre eux. Mais avec la croissance de l’enfant, les parents sont tenus de mettre leurs enfants à l’école.
C’est l’école qui réalise principalement, mais pas uniquement, la socialisation intellectuelle chez l’enfant un peu plus âgé. A l’école, l’enfant apprend les connaissances théoriques et leurs usages. Il apprend la grammaire, la syntaxe, qui lui servira à bien s’exprimer. Il apprend à parler et à bien parler.
L’école réalise une part de la socialisation technique par l’exercice de la maîtrise du corps (éducation physique) et par quelques apprentissages pratiques liés à la vie quotidienne. Quelques types de « travaux manuels » sont proposés dans l’enseignement général : jardinage, couture pour les filles, menuiserie pour les garçons. Mais, pour la socialisation intellectuelle, elle transmet une culture dont une part est interprétation du monde extérieur et un autre maniement du langage. L’enfant a besoin d’un éducateur pour éveiller son esprit et l’aider à se forger une identité. La transmission des connaissances visant à former l’homme qui est une éducation qui est la manifestation consciente ou inconsciente de la construction d’une identité et éducation se révèlent l’une à l’autre. L’homme en se faisant se donne une identité. Par le biais de nos parents et de nos éducateurs nous nous forgeons une identité, nous nous bâtissons une identité. En effet, nous héritons l’identité que nous ont laissée les parents en apportant aussi notre pierre pour l’édification de notre propre identité. Car on ne part jamais de rien pour construire quelque chose de nouveau. Mais il se révèle que l’identité n’est pas une forme stable, d’immuable de l’être. Elle est toujours en mouvement, toujours en perpétuelle construction. Tout comme on ne finit jamais d’apprendre, on ne finit jamais d’être Un avec soi-même. Arriver à une identité propre, c’est arriver à une unité de soi. Se donner une identité, n’est-ce pas à la suite d’un long processus de travail ardu sur soi ? Cependant l’identité a besoin d’être réfléchie, d’être pensée. On ne finit jamais de devenir ce qu’on est et devenir est un processus, un processus inachevé, un travail de soi sur soi, une obligation de soi à soi. La question de l’éducation comme moyen de construction d’une identité en Afrique s’avère fondamentale. ..Nous sommes convaincus que l’éducation peut être le moyen d’acquisition de l’autonomie et de la liberté de l’individu.
Agora
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